
La récompense
14 juin 2026
04h00 : réveil. Nous sommes le Jour J. Les mois de préparation livrent enfin leur récompense : je suis prêt. Il se passera aussi tout ce que je n’ai pas anticipé, je sais que je vais devoir trouver les solutions. C’est précisément ce qui fait le sel de ce sport !
Petit déjeuner classique avec mes amis Nantais et Christophe. Il est déjà au gâteau sport. Gilles arrivera plus tard sur la course car il compte partir plus loin dans les sas de natation.
05h15 : Arrivée sur le départ. Le parc n’est pas encore ouvert. Le soleil se lève. La journée va être belle.
05h30 : Pression des pneus, bidons, compteur, dernière vérification des passages de vitesse et des freins… le vélo est « race ready ».
Dernière vérification des sacs de transition.
Tout est en place. La course va enfin pouvoir démarrer. Et c’est bon ça !!
06h00 : On file vers le départ natation. J’enfile la combinaison, dépose le sac. A peine le temps de faire 3 mouvements pour s’échauffer qu’il faut se diriger vers les sas départ. Ils sont encore plus loin et avec presque 3 000 partants, tout est très long.
06h20 : Arrivée sur le départ natation. Je retrouve l’équipe de chearleaders incroyables qui sont venues nous soutenir. Grand sourire.
Ça va bientôt partir. Premier gel de la journée avant le départ.
06h25 : Dans le sas. Le soleil se lève sur le plan d’eau. C’est superbe.
Je me faufile pour aller le plus devant possible. Ce sera finalement le sas départ moins de 1h10.
J’ai pu nager la veille. L’eau était claire avec pas mal de végétation. J’ai même été accueilli par un silure d’un mètre durant ce repérage. Il dégustait des algues.
Impossible d’aller à l’eau ce matin avant le départ donc je m’arrose copieusement avec une bouteille d’eau.
Dernier check avec Christophe qui va se placer sur la gauche quand je pars sur la droite. Bonne course champion ! Je reste avec mes 2 amis nantais.
06h33 : Coup de feu ! Premiers partants. Le rolling start fait son œuvre. D’ici 10 minutes je serai à l’eau. Je mesure la chance que j’ai. Je pense à ceux qui n’ont pas pu être là : Pierre, Olivier, Sylvain et d’autres.
06h42 : la porte de départ s’approche. On se fait des politesses avec mes amis nantais pour savoir qui partira en premier et qui prendra les pieds de l’autre.
Dernier check. Bonne course à tous ! Je vous souhaite le meilleur !!
06h43 : Et c’est parti ! Je plonge comme je l’ai bien répété à la piscine. Mes lunettes restent bien en place : premier succès de la journée ! Quel pied d’y être enfin !!
La natation
Le plongeon me projette instantanément dans ma course. Je l’avais visualisé et tous mes repères sont en place. Je suis calme, serein et respire facilement.
Je choisis de nager à l’extérieur du peloton pour poser ma nage. Quelques tensions à l’épaule gauche dès les premiers coups de bras me poussent à ne pas m’enflammer. Ce n’est plus de mon âge de ne pas assez m’échauffer !
Le parcours est extrêmement lisible. Nous nageons dans le Cher. Nous dessinons un rectangle et toutes les bouées sont à main droite. On commence par remonter le courant (très faible) sur 1.4km, tournons à droite sur 100m, puis encore à droite pour descendre le courant sur une ligne droite d’environ 2km avant de faire les derniers 400m contre le courant. Bref, il y a juste à tourner les bras et bien caper.
Au bout de 400m je commence à trouver mon rythme. Je vais chercher des pieds, regarde bien ma trajectoire. Je me rappelle les recommandations d’Olivier et m’applique à respirer en 2 temps pour bien m’oxygéner.
Encore 1km. Beaucoup d’algues et de plancton avec tous les remous des nageurs. Ça colle même un peu sur le visage. Les silures sont partis depuis longtemps j’imagine.
Me voilà à la bouée du bas. Le rythme est posé. Tout va bien. On tourne.
Je maintiens mon rythme et immédiatement je gagne plus de 10’’/100m grâce au courant. La ligne droite de 2km va passer vite.
Je me retrouve par hasard avec un des amis nantais. Nous nageons côte à côte et draftons un troisième qui nous ouvre la voie. Avec le soleil c’est superbe. Quel plaisir inattendu de nager entre amis sur la course !
Déjà 3.4km de nagés. Pas d’à-coups. A mon rythme. J’ai l’impression d’avoir bien capé aussi.
Derniers 400m : je remets des jambes pour préparer la sortie de l’eau. On se retrouve face au courant donc cela aide à bien finir. La rampe de sortie s’annonce déjà.
Au final 1h09 avec le niveau d’engagement prévu et des belles sensations. La journée démarre parfaitement.
Et puis … au moment où je me redresse pour sortir de l’eau, un concurrent me pousse pour me passer devant. Il me bouscule et me marche sur la cheville. Aïe ! Elle a tourné. Je connais cette douleur. Entorse. 1er aléa de course.
Tout de suite je me mobilise pour rester calme. J’ai 400m de course à pied jusqu’à T1 pour évaluer l’état réel de la cheville. J’en ai eu tellement des entorses aux chevilles. Même si la douleur est présente, je sais que j’aurai tout le temps sur le vélo pour décider de la meilleure solution à mettre en œuvre. Je reste positif et me concentre sur la T1.
Oh surprise ! Sur le tapis à la sortie de l’eau se dévoile à quelques mètres devant moi une superbe combinaison Veltri : C’est Christophe ! Il est parti après moi à l’eau et a bien nagé. Petit coucou. Il a l’air de souffrir et me dit qu’il a des crampes aux mollets mais que ca va le faire. Je croise les doigts pour lui. Allez Champion !
Me voilà à T1. Je peine à attacher mon casque aéro. Je ne le mets pas souvent et je n’ai pas assez répété. Leçon bien retenue pour la prochaine fois.
J’enfile les chaussures de vélo. Courir avec les cales est toujours un plaisir, et encore plus avec la cheville douloureuse.
Je récupère le vélo. Tiens il me manque un élastique pour sécuriser le bidon que je mets entre mes bras. Un gentil concurrent a du s’imaginer que je n’en avais pas besoin…. En même temps ce bidon là n’a jamais sauté durant mes entraînements.
Me voilà en selle maintenant !!
Le vélo
Toute la sortie de Tours est très roulante. Mon objectif sur les 10 premiers km est de basculer en mode vélo et d’accrocher mon cardio le plus bas possible. Je limite donc les watts au maximum et fais des exercices de respiration/visualisation pour baisser le cardio. Je suis quand même déjà à 38km/h et me fais doubler par des concurrents lancés comme des balles sur leur CLM. Je dois vraiment me concentrer pour continuer à lever le pied.
Mon cardio se stabilise doucement après 20km mais reste quand même plus élevé que prévu. J’accepte de courir avec 3/5 pulsations de plus que prévu, mais pas plus. Je décide alors de baisser immédiatement mes watts cible pour la course (-10W vs. ma cible initiale) pour préserver ma course à pied. Ce n’est pas ce dont j’avais rêvé mais c’est la meilleure chose à faire là maintenant. Je fais attention à switcher tout de suite mentalement pour ne pas tomber dans la frustration et me lance dans ma course avec des priorités claires : compenser cette baisse de watts par une position aéro de tous les instants, sécuriser hydratation et alimentation, et profiter des paysages !
Je prends maintenant mon rythme. Je roule au même rythme que 3 à 4 coureurs avec lesquels on s’organise pour faire notre ligne. Tout le monde est clean et respecte les 12m. Un de ces coureurs vient de Jouy-en-Josas et m’accoste quand je le double sur une montée. On se dit qu’on va faire la course ensemble à ce rythme là et qu’on va se tirer les uns les autres. Le plan est parfait !
Et puis … mon bidon entre les bras saute ! Aléa numéro 2. Je veux préserver impérativement ma nutrition et je décide de faire demi-tour pour le ramasser. Me voilà à le chercher dans les herbes hautes du bord de la route. Une minute de perdue. Tant pis. Il reste encore plus de huit heures de course.
Le groupe s’est maintenant envolé et me voilà à rouler sans repère pour donner le rythme. Je sais que d’autres groupes passeront encore compte-tenu de mon sas de départ à la natation.
Km40 : Ça y est un groupe avec un bon rythme passe et je décide de me caler avec eux.
Un ami de Claudius fait partie du groupe : Cédric Martin, alias Tintin ! Il vient me parler grâce à ma combinaison. Il me demande si j’ai fait la reconnaissance du parcours. Et non malheureusement ! Il m’indique alors les passages plus compliqués et là où il faudra mettre un peu plus de puissance. Merci Tintin. J’en prends bonne note. C’est bon d’être un Veltri !
On arrive proche de la mi-course. Le cardio est stabilisé à +3/5bpm comme prévu, la cible de watts revue à -10W bien maîtrisée, la nutrition se passe parfaitement, la cheville ne me cause aucune douleur sur le vélo… Tous les voyants sont au vert. Je continue comme ça !
La deuxième partie du parcours comprend la majorité du D+. Les revêtements sont moins roulants. Le vent (léger) sera de face pour revenir sur Tours. C’est là que ça se joue.
Je maintiens exactement la même tactique de course. Je passe les bosses en étant conservateur sur mes watts. Je veux à tout prix préserver ma course à pied sous la forte chaleur.
De plus en plus de triathlètes commencent à souffrir sur le vélo après la 1re côte au km100.
Le vent de face arrive vers le km130. Je me fais doubler par 2 groupes de 8/10 concurrents qui tournent ensemble face au vent. Certains semblent confondre le triathlon avec un contre-la-montre par équipe….
La chaleur continue de grimper doucement. Je me concentre pour m’arroser à chaque ravitaillement avec de l’eau. Le parcours en 1 seule boucle favorise des ravitaillements bien sécurisés car on ne rattrape jamais de concurrents plus lents. Je peux donc passer quasiment à pleine vitesse à chaque ravitaillement et attraper une bouteille d’eau sans risque.
La fin du vélo s’annonce. Tout se déroule parfaitement. Puissance revue bien maintenue, du coup pas de dérive cardiaque et nutrition/hydratation bien tenue.
Km150 : Bonne surprise ! Je double un des amis nantais. Il est parti bien devant moi dans les sas en natation, et c’est un bon rouleur. Je me dis que je suis probablement en train de faire une très bonne course vélo.
J’ai décidé de ne pas regarder mon temps de course vélo depuis le départ et je m’y tiens. Je reste concentré sur ce que j’ai à faire et rendez-vous à l’arrivée pour le résultat.
Km170 : Je reste concentré pour ne pas perdre de terrain sur l’entrée en ville et les derniers km. Dernières nutrition/hydratation avec la course à pied. J’étudie maintenant les options possibles pour faire face à ma douleur à la cheville lors de la course à pied.
Km175 : Je fais remonter en mémoire les trails que j’ai su bien terminer malgré une entorse et me conditionne pour courir : « Courir avec mal aux chevilles et aux jambes, je sais faire ! »
Et me voilà déjà à T2. Le club des supportrices m’accueille avec leurs plus beaux sourires. Toujours un grand plaisir. Quelle chance nous avons d’être si bien entourés !
Je regarde mon chrono sur mon compteur : 5h02. On est bien là !
La course à pied
Je repose le vélo. Les premiers mètres à courir sans les chaussures de vélo sont plutôt encourageants pour ma cheville. Je décide donc de me lancer sur le parcours sans passer à la tente médecins.
Me voilà les chaussures de running au pied, chapeau, lunettes… C’est parti !
Avant la course, j’avais décidé de revoir mon allure cible de course à la baisse (-5 à -10 "/km) pour tenir compte de la chaleur attendue. Il est maintenant 13h et il fait 31°C. Je confirme cette décision. Je vais surtout surveiller comment mon cardio s’accroche en course à pied avec cette température et ajuster si besoin.
Le plan est de courir plus lentement les 3/4 premiers km pour trouver mon rythme, et accrocher le cardio le plus bas possible.
Mais je n’y arrive pas. Je suis déjà à mon rythme cible dès ce 1er km. Je me donne la consigne de ralentir mais rien n’y fait. La cheville me fait souffrir mais je sens que je vais pouvoir courir dessus jusqu’au bout sans grande difficulté. Très bonne nouvelle !
Le public est déjà dense, hyper encourageant. Ca va être un beau marathon !
Km3 : Je croise Christophe sur le parcours. Il est ~1km devant moi environ. Il a envoyé très lourd sur le vélo ! Magnifique !! Il a malheureusement l’air d’avoir les mollets encore bien douloureux. J’espère que ca va passer pour lui. Forza !
Km5 : Mon cardio est parfaitement accroché dans ma zone 2. Je tiens bien la chaleur. Tout est en ordre. Je continue à bien boire et m’alimenter. Aspersion à chaque ravitaillement obligatoire pour tenir la chaleur. Le rythme est pris. Il n’y a plus qu’à courir.
Le parcours comprend 3 boucles de 14km. Je décide de faire la 1ère boucle à ce même rythme pour prendre connaissance du parcours avant d’éventuellement accélérer.
Tous les bénévoles seront incroyables sur le parcours. Toujours souriants, encourageants et attentionnés. Une organisation vraiment au top pour ce premier XL à Tours.
Km13 : Au ravitaillement, un bénévole m’encourage à boire : « ce verre là tu le bois à la santé de Croco » ! Merci encore la combinaison Veltri. Impossible de passer inaperçu ;-).
Il sera là à chaque tour avec un petit mot spécial : « si tu cours si bien, c’est grâce à Croco ! »
Km14 : Fin de la première boucle. 1er passage le long de l’arche. Je repasse encore 1 fois et celle d’après ce sera sous l’arche ! Il me reste 28km. Les jambes sont dures mais rien d’anormal, la cheville est douloureuse mais totalement supportable. Tous les voyants sont au vert. Y’a plus qu’à courir.
Je décide de continuer jusqu’à la fin du 1er semi au même rythme pour ne pas prendre de risque face à la chaleur.
Passage devant le club des supportrices. Elles me le confirment que tous les Veltri et amis nantais ont bien posé le vélo. Top ! Pas d’incident. Bonne fin de course à tous, je vous souhaite le meilleur !
Km23 : Un peu de lassitude et la chaleur qui fait son effet. Je me reconcentre tout de suite sur mes sensations et me rends compte que j’ai faim. Je n’ai pas dû assez manger sur le vélo. J’augmente alors mon alimentation doucement et maintiens bien l’hydratation/aspersion en parallèle.
Je décide de maintenir le rythme jusqu’à la fin de la deuxième boucle le temps que l’alimentation fasse son effet.
Km28 : Dernier passage juste à côté de l’arche. Au prochain tour, je passe dessous. Ça s’approche…
Tous les voyants sont encore au vert : cardio toujours stable, nutrition/hydratation revue et maîtrisée. Les jambes durcissent de plus en plus et la cheville commence à se faire entendre aussi un peu plus, mais rien d’anormal.
Il me reste maintenant 2 x 7km. Et ça je sais faire ! Je décide d’augmenter un tout petit peu le rythme jusqu’au km35.
Avec le temps, de plus en plus de concurrents sont sur la boucle à pied. Les ravitaillements sont plus encombrés, il faut être malin pour s’arroser ou s’hydrater en limitant les arrêts. J’ai l’impression que ma course ralentit…
Km33 : Ma femme court à mes côtés : « tu voles » me dit-elle. C’est beau l’amour ! Je la remercie pour tout son support, y compris pendant tous ces mois de préparation. Je mesure encore un peu plus ma chance de vivre à ses côtés.
Elle me donne rendez-vous sous l’arche parce qu’elle ne pourra plus me voir d’ici l’arrivée sur le parcours. Tiens, elle pense que c’est fini, elle. Moi je me dis que les 9 derniers km d’un Ironman ce n’est jamais fait d’avance…
Du coup, immédiatement, je remets mon focus sur ma foulée et opère un switch émotionnel.
Je me dis qu’il y a quelques mois, en démarrant ma préparation, si on m’avait dit que j’en serai là, au km33 de cette course avec des bonnes jambes, j’aurais signé tout de suite.
Je repense à tous les entraînements avec le club, les WE avec les amis nantais, les entrainements seul, tôt le matin. Je mesure mon privilège d’en être là, ici et maintenant : «Les 9 derniers kms à bon rythme, tu sais faire ! »
Km35 : Me voilà lancé dans les 7 derniers. Ce n’est pas la partie la plus roulante du parcours mais je décide d’accélérer un peu plus jusqu’au prochain ravitaillement. Les jambes deviennent de plus en plus raides mais continuent de bien répondre. Le cardio, lui, reste stable. Ca pique mais on est bien là !
Km40 : Le panneau 40km se présente. Dans 10 grosses minutes je serai sous l’arche. Je m’assure de savourer ces dernières minutes de course. Il n’y a plus qu’à profiter !
Km42 : L’arche s’annonce. Elle sera en fait au km 42.7. Les organisateurs ont voulu nous offrir 500m de plus pour savourer. En tout cas, cette fois-ci je ne repars pas pour un tour.
La ligne d’arrivée
Je prends le virage à gauche pour suivre le panneau « finish line ». Le club des supportrices est là. Le bruit est dingue. Je passe sous l’arche. « J-S, you are an ironman ! » résonne au micro. Je suis Heu-reux.
03h48 de course à pied. Avec en cadeau un negative split sur le marathon :-)
Temps final : 10h15. J’ai pris énormément de plaisir sur la course, je suis satisfait du résultat et je suis fier d’avoir été la personne que j’avais décidé d’être aujourd’hui. Celles et ceux qui ont participé à notre session d’échange sur la préparation mentale me comprendront ;-)
Km42.3 : Me voici dans le club des supporters.
Les amis nantais tiennent leurs objectifs. Forza !
Christophe arrive à trouver des solutions pour faire du mieux possible sur sa fin de course malgré ses douleurs aux mollets. Une magnifique leçon de détermination !
Gilles est en train de faire une superbe course, parfaitement maitrisée. Magnifique !
Bravo à tous les amis !!